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La Société des Explorateurs Français également connue sous le nom de Club des Explorateurs, fut fondée en 1937 par un groupe de jeunes explorateurs. Le docteur Robert Gessain, le cinéaste Fred Matter, les ethnologues Michel Pérez et Paul-Emile Victor revenaient de la première traversée du Groenland ; Bertrand Flornoy arrivait d'Amazonie péruvienne ; Le géologue Louis Liotard repartait pour le Tibet oriental…
Autour d'eux se réunirent immédiatement les explorateurs déjà renommés, tels Louis Audouin-Dubreuil (Croisière jaune), Ella Maillart, Jean de Guébriant (Haute Amazonie), Théodore Monod et Henri Lhote (Sahara) ou Alexandra David-Neel.
Nous sommes en 1937. Les contours de la terre sont indiscutablement connus et, la plupart des points emblématiques de la planète ont été atteints. Les Français goûtent avec délectation à leurs premiers congés payés, et les plages sont prises d'assaut; Une poignée d'hommes n'a cependant pas attendu ces congés pour courir le monde. Persuadé que tout, ou presque, reste à faire sur notre planète, ils parcourent océans ou continents glacés, déserts ou forêts tropicales, dans le but de repousser les limites du connu. Ils ont pour nom Théodore Monod, Ella Maillart, Paul-Emile Victor, et tant d'autres. Tous sont des individualités fortes, pour ne pas dire fortes têtes, un brin cabochard et individualiste aux idées bien arrêtées. Et comment en serait-il autrement ? Il faut avoir le cœur bien accroché pour se lancer au cœur de l'Arctique alors qu'aucun secours n'est possible, aller à la rencontre des derniers coupeurs de têtes ou supporter les étouffantes chaleurs sahariennes. Le cœur bien accroché et un mental sans faille.
Pourtant, à l'heure où les associations - fortes de la loi 1901 - fleurissent un peu partout, l'idée germe dans la tête de certains d'entre eux qu'il serait peut-être sympathique, voire utile, de fonder un club. Un club pas comme les autres. Un club de gens absents… Afin de se réunir parfois, parler de ses expériences, montrer ses diapositives ou ses films… Il compterait tous ceux qui contribuaient à faire connaître les régions très mal connues de la Terre, non seulement les scientifiques, mais aussi les authentiques aventuriers qui découvraient des terres nouvelles, approchaient des tribus oubliées, conquéraient des cimes inviolées, et bien sûr nageaient plus que voguaient sur des rivières souterraines sans fin, ou tentaient de nouvelles voies maritimes extrêmes.
Alors c'est décidé, on en fera un club de ces explorateurs solitaires dont la terre entière –et bientôt l'espace- est le champ d'action. C'est vers un des plus grands défricheurs français, Louis Audouin-Dubreuil –grand maître d'œuvre des croisières noires et jaunes- que se tournent les créateurs pour en devenir président. Ainsi, le 30 juin 1937, après New-York et Londres, Paris accueille la première réunion de la Société des Explorateurs Français, dit aussi Club des Explorateurs. Une association qui se fera connaître en décembre de la même année, grâce à une soirée très remarquée de conférence en salle Pleyel –deviendra avec son écran le temple de la société. Elle recevra ses lettres de noblesse en devenant, en 1972, reconnue d'Utilité Publique.
Depuis 1954, la Société a étendu sa vocation en organisant des cycles de conférences, qui au départ confidentielles dans nos locaux successifs, accueillirent par la suite un vaste public quand nous fûmes hébergés en l'hôtel de la Société de Géographie. Elle publie aussi des Cahiers où alternent les nouvelles des camarades et des relations de découvertes thématiques.
Rapidement, elle devint recherchée comme Comité d'évaluation pour des prix, dont le Prix Liotard (crée par la Société) décerné par le Président de la République ou des bourses comme celles des Fondations Renault et Kodak.
A l'aube d'un nouveau millénaire, notre Société est toujours abritée dans la Société de Géographie, où elle donne une dizaine de conférences par an, généralement accompagnées de films à la veille de passer sur une chaîne de télévision. Elle publie des nouvelles trimestrielles, ou des relations d'exploration de ses membres dans Acta Géographica, et reste toujours un comité d'évaluation de bourses et de prix. Les quatre derniers prix Liotard sont : Jean-Louis Etienne, Philippe Frey, Patrice Franceschi et Luc-Henri Fage.
Le Groupe Liotard
Créé en 1945 au Musée de l'Homme - où, pendant la guerre, s'étaient réunis des résistants ethnologues - le Groupe Liotard, est placé sous l'égide de la Société des Explorateurs. Ainsi nommé en souvenir de Louis Liotard, disparu quelque part dans un Tibet qui commençait à être interdit, son but était de réunir les jeunes gens désireux et susceptibles de participer à des missions scientifiques, artistiques ou sportives, à la découverte du monde. Vaste programme mais qui, au sortir d'une guerre que l'on voudrait oublier, trouve un vaste retentissement dans les valeurs morales que ces idées véhiculent. Ne parle-t-on pas alors de réarmement moral ? Ce ne sera pas un vain mot et ces "jeunes" n'attendront pas pour montrer l'exemple et bousculer les ténors de leur société-mère avec, dès l'année 1946 pas moins de huit missions organisées pour 48 participants. Le président de la République Vincent Auriol ne s'y trompera pas en devenant en 1947, lors d'une soirée à la fameuse salle Pleyel le président d'honneur du groupe. C'est alors que le Prix Liotard sera créé, destiné à récompenser la volonté dans la poursuite d'une expédition exceptionnelle et remis par le Président de la République lui-même.
Ce groupe deviendra rapidement la pépinière du Club, avec les polaires, Pierre-Henri Martin, Robert Pommier, les sahariens dont Guy de Beauchêne et Jean-Claude Berrier, les hommes des fleuves, Jean Rouch, Sauvy et Ponty, Jean Laporte, Joseph Grelier, ceux de la fôret dense, Jean Cornuau, Dominique Darbois, Lucien Demesse et Pierre-Dominique Gaisseau, les " Trans-Américains " Guy Morance et Jean Raspail, les morts ou disparus sur le terrain, Raymond Maufrais, Annette Laming et José Emperaire, Guy de Beauchêne, précédant tous ceux qui nous quitteront dramatiquement encore, bien après l'intégration du Groupe Liotard, tels Benoît Chamoux, Maurice et Katia Krafft et Eric Tabarly.
Est-ce parce que le groupe Liotard, devenu par trop indépendant, commençait à faire de l'ombre aux membres de la Société des Explorateurs, ou par manque de nouveaux membres ? Le Groupe Liotard fut dissous quelques années plus tard et ses membres les plus actifs intégrés à la Société, de même que le Président cessa de remettre le Prix du même nom… Deux choses qui devraient changer dans un proche avenir !
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